Site de philosophie du Lycée Français de NEw York

Intelligence Artificielle : au delà du mythe

Qu'est-ce que l'intelligence artificielle et comment ne pas la confondre avec l'idée - très fictive - d'une conscience artificielle ? 

| Par Arnaud Planche

L’intelligence artificielle telle qu’elle est souvent présentée dans la science-fiction, est-elle possible ?  Une intelligence artificielle est un programme qui a la capacité d’apprendre, de s’adapter afin de résoudre un problème donné. Dans la science-fiction nous ne voyons pas l’intelligence artificielle mais plutôt un être doué non seulement d’intelligence mais également d’une conscience. Afin de répondre à la question, il est donc nécessaire de d’abord différencier l’intelligence artificielle, ou I.A, de la conscience artificielle, que j’appellerai ici C.A. Une conscience artificielle serait non seulement capable de ressentir des émotions humaines telles que la joie, la peur, ou la douleur, mais elle serait également douée de créativité et capable de concevoir des notions aussi abstraites que l’infini, la justice et l’injustice, la foi, Dieu, ce qu’un ordinateur ne peut en aucun cas faire aujourd’hui.

Comment produit-on, aujourd’hui, une intelligence artificielle ? Il nous faut en vérité commencer par casser le mythe du « ready-made », qui véhicule l’idée qu’une I.A serait prête dès sa création. En effet, une intelligence artificielle ne peut devenir ce que l’on veut qu’elle devienne sans un processus d’apprentissage. Afin de pouvoir nous être utile, l’intelligence artificielle doit apprendre différentes données sur nous. Pour cela, les scientifiques ont développé des programmes neuronaux qui vont faire ce qu’ils appellent du “Deep Learning”.

Un programme neuronal est un programme qui va être codé de façon à fonctionner comme les neurones des êtres vivants. La structure d’un réseau de neurones comporte plusieurs couches qui vont lui permettre de faire passer l’information d’un point d’entrée, dans lequel on insère le problème que l’on veut résoudre, à un point de sortie, qui nous renvoie une solution au problème posé. Entre ces deux points, le problème va “passer” à travers un certains nombres de couches qui vont chacune traiter différents aspects du problème. Les couches vont généralement des aspects du problèmes les moins détaillés, les plus généraux, aux aspects les plus détaillés. Ce type de programmation va fournir à la machine la possibilité d’apprendre à travers ce que l’on appelle du « Deep Learning ». Le Deep Learning est une branche spécifique du « Machine Learning », une discipline scientifique qui a pour but de faire conserver au programme les problèmes auxquels il a été confronté et les solutions qu’il a trouvées. Comme le mot “deep”, “profond” en anglais, l’indique le Deep Learning permet à la machine d’apprendre plus en profondeur à partir de ce à quoi elle a déjà été confrontée. Cette méthode d’apprentissage consiste en plusieurs algorithmes qui vont automatiquement forcer le programme à apprendre. Le Deep Learning va utiliser la programmation neuronale lorsqu’il traite les informations. En effet, tout comme la programmation neuronale, le Deep Learning va traiter l’information au moyen de plusieurs couches qui vont découper l’information en plusieurs parties, de la moins détaillée à la plus détaillée. Ces niveaux de détails vont plus consister en niveau d’abstraction des données, ce qui permet de traiter les données sous forme d’image, de son ou de texte. Le programme va apprendre de ses expériences et va pouvoir réagir en fonction de celles-ci. Un exemple de ce type d’apprentissage est par exemple l’apprentissage du langage de l’intelligence artificielle de l’iPhone. Aux débuts, le système ne vous proposera, au dessus du clavier, que des mots sans grand intérêt, mais au fur et à mesure que vous écrirez, le programme va apprendre les mots que vous utilisez et va vous proposer ceux que vous utilisez le plus, vous permettant ainsi d’écrire plus rapidement par la suite.

L’intelligence artificielle est donc un programme qui va apprendre des expériences qu’il rencontre et qui va pouvoir raisonner en fonction de ce à quoi il fait face et des expériences qu’il a déjà rencontrées. Tout cela est possible grâce aux deux disciplines dont nous avons discuté plus haut, à savoir, la programmation neuronale et le “machine learning”.  Mais ces deux techniques ne peuvent pas faire des programmes intelligents que nous avons aujourd’hui les intelligences artificielles que nous voulons, c’est-à-dire des êtres doués d’intelligence mais aussi d’une conscience.

Les intelligences artificielles des films ou des livres de science-fiction sont à différencier des intelligences artificielles que nous possédons aujourd’hui. En effet, dans les films en plus d’être intelligents, les êtres artificiels possèdent des sentiments, des émotions, des désirs. Pour faciliter cette différenciation nous appellerons l’IA de science fiction, une conscience artificielle. Afin de montrer ce qu’est une conscience artificielle, il nous faut voir ce qu’est un individu conscient. Lorsque l’on aura vu cela, on aura la possibilité de comprendre un peu mieux ce qu’est une conscience artificielle et on pourra même voir si finalement, il serait possible d’en créer une.

Ce qui nous différencie des machines, c’est que nous, être humains, sommes conscients, possédons une conscience. Cette conscience a été l’objet de nombreuses recherches, théories, et expériences. Cependant, si nous parvenons à trouver des caractéristiques différentielles pour des êtres dotés de conscience, nous ne parvenons pas toutefois à produire une science de la conscience. En définitive, nous savons que la conscience implique une capacité à se saisir soi-même, ce qui nous permet par ailleurs de saisir le monde autour de nous. La conscience relève aussi de notre capacité à délibérer, à distinguer le bien du mal. On peut aussi ajouter, avec le philosophe Husserl, que l’intentionnalité constitue une caractéristique propre de la conscience, qui se détermine comme une façon d’appréhender le monde en même temps qu’elle-même. Toutes ces choses nous différencient d’autres espèces animales, ou à tout le moins des machines puisqu’il faut reconnaître que la conscience semble se manifester aussi chez certaines espèces autres qu’Homo Sapiens. Mais la conscience, ce qui fait de nous des sujets pensants, reste un mystère, et quelles que soient les approches entreprises par différents philosophes, aucune doctrine n’a réussi à l’expliquer d’une façon scientifiquement exploitable, c'est-à-dire de telle sorte à pouvoir établir une corrélation entre les mécanismes du cerveau et la conscience à proprement parler. Comment donc pourrions-nous reproduire une conscience sans une science de la conscience ?

Ainsi, sans une théorie claire et précise de ce qu’est la conscience ou de ses fonctionnements fondamentaux, nous sommes incapables de recréer une telle chose. Néanmoins, partons du principe qu’un jour, nous arriverons à faire une conscience artificielle. Le fait que nous n’en sommes pas capables en ce moment ne veut pas dire que nous ne le serons pas dans quelques années, décennies, siècles, millénaires… Comment pourrions-nous savoir que nous avons créé une conscience artificielle réellement intelligente et sensible ?

Tout d’abord, on aura le classique test de Turing. Ce test consiste à faire discuter un Homme avec une machine et voir si l’Homme arrive à déterminer si la machine est une machine ou une personne réelle. Mais le test de Turing présente un problème. En effet, il ne voit que si la machine est capable d’imiter un humain. Or, on ne peut pas savoir si une machine est consciente grâce à son jeu d’imitation. En effet, une machine est-elle consciente si elle ne sait qu’imiter et ne sait pas ce qu’elle imite ? Mais on pourrait penser à une solution qui nous permettra de voir si la machine est réellement consciente. Le retournement du test de Turing : Imaginons qu’une machine sache imiter un Homme, ce qui est déjà bien. Maintenant prenons la même machine et voyons si elle sait différencier l’Homme d’une autre machine. Si elle n’y arrive pas, alors la machine n’est qu’une imitatrice et n’est donc pas intelligente. Mais si elle y arrive, alors la machine saura non seulement imiter, mais elle saura aussi ce qui fait qu’un Homme est différent d’une machine et sera donc intelligente puisqu’elle ne fera pas qu’une simple imitation.

Ceci résoudra ainsi notre problème de savoir comment on reconnait une machine consciente. Mais comment pouvez vous savoir que votre interlocuteur, humain, est conscient. D’après Descartes, je ne suis pas en mesure de déterminer si les autres sont des sujets conscients. Alors comment savoir si une machine est pensante ? C’est bien là notre problème : On ne peut pas. Du moins on ne peut sans théorie de la conscience.

Ainsi, on a vu que l’Intelligence Artificielle était déjà présente parmi nous et qu’elle fonctionnait sur des principes tels que la programmation neuronale et le Deep Learning, une branche du Machine Learning. On a aussi vu que l’Intelligence Artificielle réelle est bien différente de ce que les auteurs de science-fiction appellent Intelligence Artificielle. En effet, une IA de science fiction se rapproche plus d’une conscience artificielle que d’une IA réelle. Mais on a vu que la conscience artificielle du fait d’un manque de définition, d’une théorie de la conscience n’est pas encore possible. Le mot clé étant “encore”. Ainsi on s’est demandé si on pourrait un jour savoir si une intelligence artificielle était non seulement intelligente mais en plus consciente. Mais parce que nous ne pouvons même pas réellement déterminer si un autre individu humain est conscient, on ne peut pas déterminer si une machine est consciente.

Ceci nous permet donc de pouvoir répondre à notre question “Jarvis est-il envisageable ?”. Et la réponse est Oui ! En effet, Jarvis n’est pas un sujet conscient. A chaque fois qu’il est mis sur le devant de la scène il ne résout que de “simples” tâches usant ainsi de sa banque de donnée. Mais Jarvis ne fait jamais réellement preuve de conscience. Cependant, Jarvis est un cas particulier d’Intelligence artificielle de science-fiction. En effet, les autres IA vues en science-fiction vont faire preuve de plus que de l’intelligence. Elles vont faire preuve de désir, d’ambition, d’intentionnalité. Pour reprendre l’exemple des IA de Marvel, Jarvis, qui exécute de simples tâches, est possible dans un très proche futur, mais Ultron, une autre IA qui va faire preuve de désir et d’intentionnalité, lui n’est pas possible. Une IA qui fera preuve de conscience comme on le voit en science-fiction n’est pas possible avant d’avoir une théorie de la conscience. Pour que notre rêve divin de créer un être qui nous ressemble se réalise, il va d’abord falloir qu’on comprenne ce qui fait de l’Homme un sujet conscient, d’où vient la conscience. 

 

Black Scholes Equation : predicting markets' volatility